Je savais que ce jour viendrait

Suite et fin de la nouvelle Je n’ai pas oublié, j’espère que vous avez autant apprécié de la lire que j’ai aimé l’écrire.

Pour lire la première partie c’est ici

Bonne lecture !

Planté dans le couloir, j’observe des photos accrochées au mur, les vestiges de la courte vie de Firmine. Mon hôtesse me rejoint et me tend une tasse de café.

— Là c’est Firmine, ma fille unique, dit-elle en décrochant une photo du mur. Et ici  justement voilà Luc à treize ans, un très beau garçon. Au collège, ils étaient inséparables.

— Que s’est-il passé Madame Dubois ?

Elle m’invite à m’asseoir et nous prenons place tous les deux sur le canapé du salon. Elle boit une gorgée de café et soupire.

— Firmine a connu beaucoup de difficultés. Il y a eu son divorce qui l’a anéantie. Elle s’était toujours consacrée à sa famille et à l’association qu’elle avait créée pour occuper ses journées. Puis Fred l’a quittée sans rien du jour au lendemain. Elle a dû revenir vivre chez moi faute de moyens. Mes petits-enfants sont restés avec leur père. Leur absence a empiré les choses. Ça a été une période très dure pour Firmine. Elle a pris de mauvaises décisions. Quelques semaines avant sa mort, suite à une dénonciation anonyme, une enquête a été ouverte sur elle pour détournements de fonds publics.

— De quoi était-elle accusée exactement ?

— Elle avait détourné des fonds de son association et certaines subventions qu’elle avait reçues. Un coup dur supplémentaire. Et puis…

Elle prend une grande inspiration.

— Elle a avalé tout son flacon de pilules au local de son association. Elle n’a pas dû supporter l’opprobre. Le divorce puis ça. C’était bien trop que son cœur ne pouvait supporter.

— Je suis sincèrement désolé pour votre perte Madame Dubois. Avez-vous découvert qui a dénoncé votre fille ?

— La source anonyme disposait de preuves accablantes qu’elle avait fait parvenir au commissariat d’Orléans. La police n’a jamais su de qui il s’agissait. Firmine était persuadée que c’était son adjointe pour reprendre l’association.  

— Est-ce que son adjointe connaissait Luc également ?

— Oui, ils avaient fait le même collège privé. Mais ça ne peut pas être Hortense, c’est une femme adorable.

— Pourquoi votre fille la pensait coupable alors ?

— Parce qu’elle était la seule au courant de cette affaire. Firmine ne l’a dit à personne d’autre pas même à moi.

— Ah elle était vraiment coupable alors.

— Oui mais à sa décharge, elle traversait une période vraiment difficile.

— Hortense comment ?

— Viannot.

— Merci Madame Dubois pour ces informations.

— Je vous en prie. J’espère que vous comprendrez ce qui s’est passé pour Luc. Je suis désolée de ne pas avoir pu vous aider davantage dans votre enquête.

— Détrompez-vous, vous m’avez beaucoup avancé.

Étrange cette histoire. Firmine a été victime d’une dénonciation et se serait ensuite suicidée. Tout comme Luc, elle a été humiliée publiquement avant de prétendument mettre fin à ces jours. Serait-il possible que la personne qui a tué Luc ait également assassiné Firmine ? Deux cadavres dans un même entourage en l’espace d’un an, ça fait beaucoup.

Il faut que je parle à cette Hortense. Elle est peut-être celle que je recherche. Je décide de me rendre au siège de l’association.

Hortense, une femme au visage disgracieux devenue la présidente depuis la disparition de Firmine, me reçoit dans son bureau.

— Je m’excuse d’avance du bordel mais on organise notre festival annuel qui est dans deux semaines.

— Pas de soucis. J’avais quelques questions à vous poser sur Firmine Dubois et Luc Ongaro.

— Ah… Pourquoi ?

— Je suis Noam Soto détective privé. J’enquête sur la disparition tragique de Luc Ongaro survenu deux ans plus tôt.

— Oh et en quoi est-ce que ça concerne Firmine ?

— C’est à moi de le découvrir. Est-ce que Luc et Firmine étaient proches ?

— Ils étaient très proches au collège, ils faisaient partie de la même bande d’amis. Au lycée, nous avons été dans des établissements différents. D’autres sont restés dans le privé et d’autres ont continué dans le public. Firmine, Luc et moi étions dans le public. Luc et elle ont toujours gardé de bons contacts durant toutes ces années. Il l’avait même dépannée financièrement quand elle a eu ses galères.

— Que pensiez-vous de Luc ?

— À vrai dire, je n’aimais pas du tout leur bande au collège. Luc était détestable. Firmine était obnubilée par Alix une autre fille de leur bande. Je sais que les enfants peuvent être cruels, mais eux, c’étaient des vrais petits démons. Heureusement que le lycée les a séparés. Ils avaient une mauvaise influence les uns sur les autres.

— Pourquoi ?

— Ils harcelaient constamment des élèves. Ils étaient horribles au collège. Au lycée, ils se sont assagis. Firmine et moi étions en L ensemble, c’est là que nous sommes véritablement devenues amies.

— Vous étiez une de leurs victimes au collège ?

— Moi, non du tout mais je les voyais faire.

— Vous vous souvenez du nom de leurs amis ?

— Alix Morin et Hugues je ne me souviens plus mais je peux vous retrouver son nom. On était tous dans la même classe en quatrième. Laissez-moi votre numéro et je vous l’enverrai.

— Merci. Vous vous souvenez de certaines de leurs victimes ?

— Tout ça remonte à vingt ans monsieur Soto. Il y avait le petit David, Morgane, Adam peut-être. C’est très flou.

— Je comprends, si quelque chose vous revient à l’esprit n’hésitez pas.

Je note les précieux renseignements d’Hortense dans mon carnet et part. J’ai du mal à imaginer Luc en terreur de la cour de récré. Mais bon, il arrive qu’on ait honte de notre passé, le mien n’était pas non plus très glorieux. S’il s’avère qu’une de leurs anciennes victimes ait décidé de se venger vingt ans après, c’est qu’il ne devait pas s’agir de petites moqueries mais bien d’un véritable déferlement de haine.

C’est la fin de l’après-midi et je suis crevé. J’ai déjà passé une bonne partie de la journée à Orléans. Il est temps de rentrer sur Paris. Arrivé chez moi, j’en profite pour glaner quelques informations sur Alix Morin et prie pour qu’elle soit en région parisienne. Mon vœu est exaucé. Cette dernière repose au cimetière du Chesnay depuis un an et demi. Elle est morte six mois après Luc dans un accident de voiture. Plusieurs articles parlent de cette médecin généraliste qui prescrivait de fausses ordonnances à un dealer dans une sombre affaire de trafic de médicaments. Elle risquait une radiation définitive de l’ordre des médecins et une peine d’emprisonnement. Le doute n’est plus permis. Trois amis sur une bande de quatre qui disparaissent tragiquement après avoir été humiliés publiquement. Quelqu’un de leur passé leur en veut et leur fait payer.

Je n’ai pas plus d’infos sur le fameux Hugues mais je parie qu’il est mort lui aussi comme ses autres potes de collège. L’appel d’Hortense Viannot ne fera que confirmer mes doutes.

— Monsieur Soto ?

— Oui merci de me rappeler.

— J’ai retrouvé ma photo de classe de 4ème. Il s’appelle Hugues Bulbic. En retombant sur cette photo, je me suis souvenue d’une autre élève de notre classe, Sarah Sohou. Elle était harcelée par la fameuse bande bien plus que tous les autres élèves qu’ils avaient persécutés. Elle a quitté précipitamment le collège en plein milieu d’année après notre voyage scolaire en Auvergne. Je me souviens qu’elle était très bizarre pendant ce voyage. On avait l’impression qu’il s’était passé quelque chose de grave. On n’a jamais su ce qui était arrivé lors de ce séjour mais certaines rumeurs disaient que sa mère avait porté plainte contre l’établissement parce que sa fille s’était faite agressée lors de ce voyage.

— Sarah Sohou c’est ça ?

— Oui

— Merci Hortense, pourriez-vous m’envoyer cette photo de classe par mail?

— Oui bien sûr, vous la recevrez demain sans faute.

Le lendemain matin, je reçois la fameuse photo. Hortense a pris soin d’entourer Sarah Sohou. Le regard vide de la petite-fille, sa posture, ses mains crispées sur sa robe impeccablement repassée hurlent sa souffrance. Je m’attarde sur ces yeux. Ce regard, je le connais. Je l’ai croisé deux ans plus tôt au bas du bâtiment de Luc quelques minutes avant le cauchemar. Sarah. J’ai l’intime conviction qu’elle a toutes les réponses à mes questions, qu’elle sait ce qui est arrivé à Luc. Je l’avais bousculée ce jour-là et son regard m’avait perturbé.

Hugues Bulbic n’est pas mort mais porté disparu depuis un an. Ses proches le recherchent désespérément. En fouinant un peu plus, je tombe sur un article local qui évoque les soupçons de pots de vin qui pesaient sur ce promoteur immobilier. Même mode opératoire, l’opprobre puis la mort. Tous les quatre ont été assassinés par la même personne ? Est-ce Sarah la meurtrière ?

Ma dernière recherche concerne Sarah Sohou. Étonnamment, je la retrouve sans difficultés. Elle possède même un site internet sur lequel elle publie ses réalisations graphiques. Une travailleuse indépendante qui vit à quelques rues de l’ancienne adresse familiale de Luc. Malheureusement, il n’y a aucune photo d’elle qui permette de confirmer qu’il s’agit de la femme que j’ai bousculée. Je l’appelle et prétends avoir besoin d’un logo pour mon entreprise. Elle m’avoue ne pas prendre de rendez-vous physique mais devant mon insistance elle finit par céder. Je lui propose alors de nous retrouver à quelques mètres de chez elle dans un café.

Lunettes de soleil sur le nez et casquette sur la tête, je me poste avant l’heure officielle de notre rendez-vous à l’intérieur du café. Une femme noire se présente en terrasse et s’assoit. Elle regarde un instant à l’intérieur de l’établissement. Pas de doute, c’est bien la femme que je cherche.  Je me lève aussitôt et vais la rejoindre. Je m’assieds brusquement à sa table. Elle sursaute puis esquisse un léger sourire.

— Je savais que ce jour viendrait. Ça fait deux ans que je vous attends.

FIN

Voilà, Je n’ai pas oublié est terminé. Je ne sais pas encore ce que je vais vous proposer pour la suite mais j’ai l’impression que vous appréciez les nouvelles donc je vais continuer sur cette voie.

Qu’avez-vous pensé de cette ultime partie et de cette nouvelle ? Dites-moi tout en commentaires.

Crédit photo : Craig Whitehead, silhouette photo of a man with hat standing near concrete building at daytime sur Unsplash.

Une réflexion sur “Je savais que ce jour viendrait

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