Chapitre 2 : Nouveau départ

Credit illustration : Vashti Harrison

Samedi dernier, vous faisiez la rencontre de Cynthia Sia. Découvrez la suite de ces aventures juste en dessous de l’illustration . Si vous n’avez pas lu le 1er chapitre. Petite séance de rattrapage ici.

Pour illustrer ce nouveau chapitre, je vous propose la magnifique illustration de Nicholle Kobi. Une illustratrice française d’origine congolaise dont j’aime énormément les créations. Vous pouvez découvrir son travail sur instagram.

Crédit illustration : Nicholle Kobi

Cynthia, adossée à la porte de la chambre, observait Edna rassembler ses dernières affaires. Voilà, une semaine que sa sœur s’était mariée. La cadette empaqueta le concentré de vingt-trois ans de vie dans deux énormes valises. Elle y avait rangé quelques vêtements, ceux-là même qu’elle avait piqué à sa grande sœur des années auparavant. Elle y avait également glissé quelques photos. Edna eût du mal à comprendre comment tant de souvenirs pouvaient tenir dans ces valises qui lui parurent ridicules à côté de tout ce qu’elle avait vécu entre ces quatre murs.

Ce soir en rentrant de chez le coiffeur, Edna ne serait plus là.  Elles ne se retrouveraient plus dans sa chambre à papoter pendant des heures allongées l’une contre l’autre, rêvant de changer le monde, de changer de vie…ou tout simplement s’échangeant les derniers ragots. Cynthia regardait Edna en silence, se débattre contre ses longues tresses qui tombaient sur ses fesses et qui lui obstruaient la vue. Elle avait peur que le nœud qui lui nouait la gorge déforme ses paroles et la rende bien trop émotive. Alors, elle se tut. Cynthia avait pourtant déjà vécu une séparation avec sa sœur, dix ans plus tôt lorsqu’elle était partie vivre sur Paris pour poursuivre ses études. Mais la déchirure est bien plus profonde quand on est du côté de celle qui reste.

Edna boucla sa valise. Elle jeta un regard empli de tristesse en direction de sa sœur. Puis, elle resta un bon moment à contempler la chambre où elle avait grandi. Les souvenirs se bousculaient dans sa tête. Elle posa ses yeux sur sa lampe de chevet qui l’avait veillée des années car elle avait trop peur du noir. Elle s’assit un instant sur le lit superposé du bas où bien des mystères de ce monde lui avaient été révélé par Cynthia. Elle prit dans ses mains le traversin qu’elle balançait allègrement dans le visage de sa petite sœur Dorcas pour la punir. Elle lut un vieux cahier dans lequel Cynthia et elle avaient noté les lois qu’elles appliqueraient une fois présidentes.  Edna avait éclaté d’un rire franc quand elle en découvrit les absurdités. Elle le referma avec nostalgie et se dirigea vers la fenêtre. Elle l’ouvrit et glissa sa tête dans l’entrebâillement pour admirer une dernière fois la vue sur les immenses barres bétonnées qui s’étendaient à perte de vue. Elle avait mille fois souhaité quitter les entrailles de la cité, à présent que ce moment était arrivé, elle s’étonna de la trouver plus belle que jamais.

Elle quitta enfin la chambre et se rendit dans le salon où le reste de la famille l’attendait. Cynthia lui emboîta le pas.

— Bon ba voilà…., conclut Edna comme pour marquer le début d’une nouvelle vie qui l’effrayait quelque peu mais à laquelle il lui tardait de goûter.

— Oh ma fille, lança sa mère en tendant les bras pour l’embrasser. “Te voilà une femme maintenant et quelle belle femme, je suis fière de toi ma fille” continua-t-elle en la couvrant de baisers.

Cynthia eut un pincement au cœur en entendant tout l’amour et la fierté que sa mère ressentait pour sa petite sœur. Aussi loin qu’elle se souvienne, elle n’avait jamais eu droit à un tel élan de tendresse de la part de sa mater. Elle préféra détourner les yeux.

Après avoir embrassé son père, Victoire, son mari et Dorcas vint enfin le tour de Cynthia.

— Ma Chérie, tu vas tellement me manquer, se lamenta Cynthia en la pressant fort contre sa poitrine.

— Toi aussi grande sœur, murmura Edna à son oreille. “Cyn’ t’es en train de m’étouffer là” gémit-elle.

— Oui je sais mon amour est étouffant. Prends bien soin de toi, ajouta-t-elle en relâchant son étreinte.

— Vous allez tous tellement me manquer, mais bon je ne suis pas loin hein, vous pourrez toujours passer me voir à la maison.

— Compte sur moi ! On se fera des soirées ciné ou des soirées débat comme au bon vieux temps, se réjouit Cynthia.  

— Ne raconte pas n’importe quoi. Elle est mariée à présent. Tu penses qu’elle aura le temps pour des bêtises de vieille fille ? S’indigna sa mère.

La remarque de la matriarche rendu hilare Victoire qui amplifia légèrement son rire pour ridiculiser davantage sa petite sœur.

— Ah je ne savais pas qu’être mariée ça empêchait de regarder un film avec sa sœur de temps en temps, rétorqua Cynthia à voix basse.

Malheureusement, le volume était assez élevé pour parvenir aux oreilles de sa fouine de sœur.

— Tu sais il y a tellement de choses qui changent dans ta vie quand tu te maries mais bon tu ne peux pas comprendre, répondit sèchement Victoire en soutien de sa mère qui acquiesça en arrière-plan.

— Ok je serai ravie de faire des soirées ciné avec Eze, Cynthia aussi et même avec toi Maman, trancha Edna pour mettre fin à la guéguerre stupide qui était en train d’éclater entre ses deux sœurs.

Edna refit un petit tour de baisers et s’arrêta longuement sur Cynthia.

— Courage avec Maman, ça lui passera.

— Ouais ça va aller ne t’inquiète pas va, répondit Cynthia ne sachant plus très bien si elle cherchait à rassurer Edna ou à se rassurer elle-même.

Edna se dégagea.

— Bon la famille, il faut que j’y aille, Eze est en train de s’impatienter, dit Edna en jetant un coup d’oeil à son smartphone qui venait une nouvelle fois de vibrer.

La jeune femme tenta de prendre ses deux énormes valises pour déserter la maison. Voyant qu’elle peinait à se mouvoir, chargée comme un âne, le mari de Victoire se lança à sa rescousse. Edna accepta volontiers son aide et se déchargea aussitôt d’une des encombrantes valises. Elle rejeta pour la énième fois la chevelure de tresses qui lui couvrait le visage. Elle posa un dernier regard sur sa maison et disparut.

Cynthia regarda sa montre et fila se préparer. Le salon de coiffure dans lequel elle se rendait habituellement ne tolérait pas les retardataires. Elle se pressa aussi vite qu’elle put mais arriva, en trombe avec cinq minutes de retard. Elle passa le pas de la porte, essoufflée, après avoir tapé un sprint digne d’Usain Bolt. Les gémissements incessants pour reprendre son souffle avaient dirigé tous les regards des clientes confortablement installées du salon vers elle. Il faut dire que sa dyspnée tranchait avec l’ambiance bien-être. Sa respiration saccadée couvrait la musique tout droit sortie d’une playlist méditation. Thierry, s’avança alors vers Cynthia et prit de pitié pour elle, il accepta de la prendre.

— T’as de la chance Cynthia, je suis de bonne humeur aujourd’hui, lança le jeune homme.

Thierry était son coiffeur attitré, un brin extravagant, qui avait une coupe différente à chaque fois qu’elle se rendait dans le salon. Cette fois, il avait opté pour une bi-coloration rouge et noire sur sa chevelure qu’il avait texturisée. Il délesta Cynthia de son sac et de sa veste qu’il rangea dans le dressing de blanc immaculé des clientes et lui enfila la blouse. Il la fit asseoir à son poste habituel. Cynthia s’enfonça alors dans le fauteuil de velours rouge. Il était si confortable qu’elle aurait pu y dormir des heures. Elle examina son reflet à travers la glace aux bordures dorées. Elle se trouvait d’une banalité. Toujours la même coiffure, le même maquillage, le même visage sans aucune touche de folie.

— Alors comme d’habitude ? Lui demanda Thierry les mains posées sur ses épaules.

Il enfonça ses doigts dans son épaisse chevelure et la félicita de leur bonne santé. Cynthia regarda un instant autour d’elle. On posait une lace wig aux mèches acajou à une cliente. On avait couvert de bandes d’aluminium la tête d’une autre pour une décoloration. Une femme dans le fond du salon se délectait de sa coupe effilée sur cheveux naturels d’un blond cendré. Cynthia su à cet instant qu’elle voulait quelque chose de nouveau, de différent, qui sorte de l’ordinaire. Elle ne voulait plus apercevoir dans son reflet la routine et la banalité de son existence. Elle avait envie de changement.

— Ouh ouh Cynthia, tu reviens parmi nous ? Je te fais comme d’habitude ? S’impatienta Thierry.

— Non, coupe tout.

Thierry écarquilla si grand les yeux que Cynthia cru qu’ils allaient quitter leurs orbites.

— Tu es sûre de toi ? Tu ne veux pas que je te coupe juste les pointes ?

— Non coupe tout, je veux une coupe courte.

Il se pencha vers elle et la regarda droit dans les yeux comme si son reflet dans le miroir déformait la réalité.

— Tu es sûre de toi Cynthia ?

— Certaine, coupe tout s’il te plaît

— Genre coco taillé ?

— Oui

— Non non Cynthia, je ne peux pas te laisser faire ça. Si t’as besoin de changement je peux te mettre une lace wig de couleur. Mais couper tous tes beaux cheveux comme ça… Et puis la forme de ton crâne… T’es une très belle femme mais…

— Thierry pardon…

— Hum ok pour te couper les cheveux mais pas de coco taillé.

Thierry se pencha et saisit la poignée dorée du tiroir et en sortit un catalogue défraîchi de coiffure. Il tourna les pages et craignait à chaque mouvement que les feuilles ne s’envolent. Quand il tomba sur une coupe qui lui convint, il la montra à Cynthia à travers le miroir. La jeune femme, pommettes rehaussées, arborait fièrement un tout petit afro court dont les bouclettes étaient définies.

— Ça te va ? demanda Thierry qui au fond de lui priait pour que Cynthia accepte cette coupe.

— Oui parfait !

Thierry fut soulagé. Il saisit sa paire de ciseaux et se mit à couper les longueurs de Cynthia. Le coiffeur semblait bien plus ému que la jeune femme qui regardait, impassible, ses cheveux mourir au sol. Elle avait envie de changement. Chaque coup de ciseau ciselait une partie de son passé. Le départ d’Edna, les moqueries, le boulot et lui.

Ce chapitre est beaucoup plus court que la précédent. La suite est disponible ici

Alors qu’avez-vous pensé de ce nouveau chapitre ?

11 réflexions sur “Chapitre 2 : Nouveau départ

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