L’arc dramatique du personnage

Welcome back ! Tout le long du mois d’août, j’avais décidé de mettre en suspens les conseils d’écriture sur le blog. Aujourd’hui en cette rentrée, je reviens avec un troisième dossier sur la construction des personnages dans votre roman.

Vous pouvez retrouver les deux dossiers précédents ci-dessous :

Avant de commencer, j’espère que vous avez passé d’excellentes vacances et si vous n’êtes pas parti j’espère sincèrement que vous avez pu profiter de l’accalmie qui symbolise si bien la période estivale.

Maintenant que vous êtes bien requinqué, on va pouvoir s’attaquer à un sujet ô combien important : les personnages. Vous vous souvenez que le roman repose sur trois piliers : l’intrigue, le personnage et le style. Je vous mets au défi de me trouver un roman sans personnages. Impossible. Si l’intrigue est l’essence de votre roman, le personnage en est le moteur. Sans lui, la voiture ne démarre pas. Je ne pouvais donc pas faire l’impasse sur cette composante essentielle de votre roman. Je vous invite déjà à lire le premier article que j’avais écrit à ce sujet ici si ce n’est pas déjà fait.

Dans ce dossier, je tiens à aller un peu plus en profondeur pour vous donner les éléments qui vous permettront de créer des personnages consistants, mémorables et auxquels vos lecteurs pourront facilement s’identifier.

J’ai donc choisi pour le premier article du dossier d’aborder la question de l’arc dramatique du personnage.  

Qu’est-ce que l’arc dramatique du personnage ?

L’arc dramatique du personnage correspond au cheminement émotionnel d’un personnage au cours de votre roman. Il s’agit d’une notion bien connue des scénaristes que les auteurs intègrent également, mais qu’ils ne nomment pas forcément. 

Au début de votre histoire, votre personnage partira d’un état psychologique de départ pour atteindre un état psychologique final. Cet état psychologique aura évolué après tous les défis que votre protagoniste aura relevés lors de son parcours. L’ensemble des événements ont transformé votre personnage. La transformation du personnage peut être :

  • Positive : le personnage atteint son objectif. Il atteint un stade de maturité qui lui permet d’atteindre son but. 

Par exemple, le héros parvient enfin à être assez fort pour détruire le vilain qui menace son village.

  • Négative : le personnage atteint ou pas son objectif, mais surtout le protagoniste tourne mal.  

Par exemple, c’est souvent le cas dans une descente aux enfers comme avec le personnage de Gervaise dans l’Assommoir de Zola. 

  • Plate :  le personnage ne connaît pas de transformation marquante.

L’arc dramatique de votre protagoniste permet d’étoffer votre personnage, de le rendre crédible, cohérent et humain. En tant qu’auteurs, nous recherchons tous à écrire un personnage auquel les lecteurs pourront s’identifier. Un personnage mémorable est un personnage auquel on peut s’identifier, pour lequel on a de l’empathie. Pour cela, il faut créer des personnages profonds, réels et cohérents.

Comment faire ? 

La méthode du personnage à trois dimensions

Les trois dimensions du personnage permettent de donner de la profondeur à votre protagoniste. Sans au moins un des trois éléments qui constituent le personnage à trois dimensions votre protagoniste paraîtra plat, terne et sans saveur

Retenez bien ces trois dimensions, car elles auront une incidence aussi bien sur l’intrigue, mais aussi sur la relation que le protagoniste entretiendra avec les autres personnages du roman.

Première dimension : l’objectif

L’objectif correspond généralement à la raison d’être du roman. C’est le but que poursuit le protagoniste. C’est la recherche consciente du protagoniste, son objet de désir. L’objectif peut être très simple.

Par exemple, dans un roman policier, l’objectif du protagoniste est d’arrêter un tueur. Dans une romance, rencontrer l’âme-sœur. Ou bien, trouver un lieu perdu dans un roman d’aventures.

Un objectif clair est une force dans la construction d’un personnage et est souvent explicite et/ou su par le protagoniste lui-même. Cet objectif conduira à rendre le personnage de votre roman proactif.  

Exemple, Oriane souhaite intégrer le codir de sa boîte.  

Le but d’Oriane est simple, grimper dans sa boîte jusqu’à atteindre les sommets. Oui je sais, pas très créatif comme objectif, mais c’est juste pour les besoins de l’article.

Deuxième dimension : la motivation

La motivation est la raison interne pour laquelle le protagoniste poursuit son but.

Si on reprend l’exemple d’Oriane, on peut se dire qu’elle veut grimper dans sa boîte pour prouver à ses parents, qui l’ont toujours sous-estimée par rapport à son frère jumeau (grand avocat), qu’elle aussi était capable de réaliser de grandes choses.

La motivation du personnage est plus profonde que l’objectif qu’elle vient nourrir. Si l’objectif est assez clair dès le début et explicite, ce n’est pas forcément le cas pour la motivation qui sera plus implicite. La motivation devra être illustrée, mais pas forcément explicitée. Le lecteur devra la déduire, la comprendre à travers les actes, les pensées du protagoniste et son interaction avec les autres personnages.

Reprenons le cas d’Oriane. L’avocate veut prouver à ses parents qu’elle est tout aussi digne d’intérêt que son frangin. Au lieu de dire de but en blanc dans un paragraphe « Je suis trop énervée ! Papa et Maman ne me croient pas capable de… », vous allez montrer la relation qu’Oriane entretient avec ses parents. Par exemple, lors d’un repas de famille le père d’Oriane va mettre en avant les prouesses de son fils alors qu’il n’accordera que quelques mots à ce que fait sa fille. Pire, il ignore carrément ce que fait sa fille. Il n’a qu’une vague idée de son métier qui semble être du vent pour lui. 

Vous l’aurez compris, l’idée est de prendre le fameux « show don’t tell » pour dépeindre les motivations de vos personnages.

Troisième dimension : la motivation inconsciente du personnage

L’élément le plus complexe de cette construction à trois dimensions est la motivation inconsciente du personnage. Comme son nom l’indique, c’est la raison insoupçonnée par le protagoniste qui le pousse à agir. C’est la raison profonde, dont le protagoniste n’a lui-même pas conscience, qui le pousse à vouloir atteindre son objectif. Ça peut être aussi quelque chose qui freine le protagoniste dans l’obtention de son objectif et qu’il va devoir régler pour réussir. Ce sera peut-être plus clair avec l’exemple très beaucoup trop cliché d’Oriane.

Oriane souhaite intégrer le codir de sa boîte pour en boucher un coin à ses parents. Elle souffre de ce profond complexe d’infériorité envers son frère jumeau avec qui elle a toujours été en compétition. Elle a fait énormément de sacrifices pour atteindre ses objectifs. Aujourd’hui, Oriane ne connaît que l’ambition, car c’est la seule chose qui lui reste. Sa jalousie maladive l’a rendue aigrie, l’a éloignée de toute vie sociale. Elle ne connaît que le travail. Elle a peur de ne rien accomplir. Au nom de tous ses sacrifices, elle ne supporterait pas de rater son objectif parce que sans lui sa vie n’a plus aucun sens.

L’ambition personnelle d’Oriane est la seule chose qui donne du sens à sa vie et elle refuse de le perdre. Mais ça, Oriane n’en a pas conscience. Elle pense juste être une acharnée de boulot qui veut surpasser son jumeau et prouver à ses parents qu’elle est douée.

Que faire après ?

Lorsque vous avez terminé de déterminer les trois dimensions de votre protagoniste, le travail ne s’arrête pas là. Vous devez également déterminer le cheminement émotionnel de votre personnage en partant de ces trois éléments et en jonglant avec.  

Approfondir la connaissance du personnage

Vous pouvez peaufiner la connaissance de votre personnage en remplissant la fiche de lecture que je vous avais partagée dans cet article.  

En créant les trois dimensions de votre personnage, vous déterminez par la même occasion son passé.

Par exemple, j’ai créé un passé à Oriane dans lequel elle a fait de nombreux sacrifices pour être au niveau où elle en est. Je lui ai également créé un environnement familial malsain dans lequel elle étouffe, entre la non-reconnaissance de ses parents et la compétition avec son frère jumeau. Elle évolue dans une famille dans laquelle le statut social est capital. On peut aisément déduire que sa famille est plutôt aisée. Et tout ça, je l’ai défini rien qu’en créant les trois dimensions.

Déterminer l’évolution de votre personnage dans le roman

Ces trois dimensions vous permettront également d’alimenter votre intrigue. Puisque l’objectif fait avancer l’intrigue.

Oriane souhaite grimper dans sa boîte, mais la venue d’une nouvelle collaboratrice va mettre en danger sa position ==> CONFLIT

Ces trois dimensions ont une incidence sur les différentes actions que va entreprendre le protagoniste pour atteindre son but.

Oriane s’embourbe dans une série de mensonges. Elle met tout en œuvre pour décrédibiliser le travail de cette nouvelle menace, mais ne parvient pas à la déstabiliser. Entre-temps, son frère en pleine crise existentielle décide d’aller faire une retraite spirituelle au Népal. Ses parents bien sûr érigent Oriane en nouveau modèle de la famille, pourtant ça ne lui suffit pas (coucou la motivation inconsciente). Elle s’oriente alors vers des pratiques douteuses qui ne lui ressemblent pas pour obtenir ce poste. Au fur et à mesure, on comprend qu’elle est vraiment prête à tout pour obtenir la reconnaissance sociale parce que c’est la seule chose qui lui reste, son travail. Sa jalousie grandit jusqu’à atteindre son paroxysme lorsqu’elle renverse sa rivale au volant de sa voiture pour l’éliminer. Elle obtient enfin ce qu’elle veut, mais finit par perdre la tête.

Voilà, voilà. OK j’ai un peu refroidi l’ambiance, mais c’était nécessaire pour que vous compreniez cette notion de personnage à trois dimensions et de son utilité dans la construction de l’arc dramatique d’un personnage. En partant de cette méthode, vous pouvez définir plusieurs intrigues. Dans mon premier exemple, j’ai choisi un arc négatif dans lequel Oriane atteint son but, mais en y perdant son esprit. J’aurais pu déterminer un arc positif dans lequel Oriane finit par trouver l’amour et délaisser cette compétition malsaine avec son jumeau. Ayant trouvé un autre sens à sa vie que le travail, elle ralentit et abandonne ses ambitions professionnelles. Dans un autre arc négatif, elle n’atteindrait carrément pas ce poste et finirait peut-être par se résigner à vivre une vie qu’elle déteste.

Gardez en tête que l’évolution de vos personnages est primordiale pour rendre votre histoire intéressante aux yeux du lecteur.

Voilà, vous arrivez au bout de ce premier article consacré au personnage du roman, j’espère qu’il aura été très instructif pour vous et qu’il vous aidera dans la construction de vos romans. N’hésitez pas à me faire part de vos retours en commentaires.

Et vous, construisez-vous l’arc dramatique de vos personnages en amont de l’écriture de votre roman ?

Crédit photo : chuttersnap sur Unsplash.

3 réflexions sur “L’arc dramatique du personnage

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s