Chapitre 28 : Tu fous quoi ici ?

Crédit illustration : Clare Owen – Map of Edimburgh

Cynthia comme le reste de son entourage avait très peu de connaissances sur l’Écosse. Avoir suivi Sean Connery endosser le costume du plus célèbre espion et avoir pleuré toutes les larmes de son corps devant Braveheart n’était pas ce qu’on pouvait qualifier de connaissance profonde d’un pays. Aussi, elle combla ses lacunes en faisant des recherches sur Internet et en dévorant le guide de voyage que sa mère lui avait offert. Les Sia n’étaient pas plus emballés par les futures aventures écossaises de la cadette. Tout comme Cynthia, leurs yeux auraient pétillé si on leur avait vendu l’Amérique ou l’Asie, mais rester en Europe dans un pays encore plus froid et à la météo plus instable que la France était d’un banal. Même Linda, qui avait un goût prononcé pour les voyages, ne lui proposa pas de lui rendre visite. Son amie d’enfance s’était contentée d’émettre un simple « Ah ! C’est intéressant » quand Cynthia lui avait annoncé sa destination. Adjoua qui partait au Mexique avait un agenda d’accueil déjà booké quelques semaines après le résultat des affectations.

Le mois d’août fut ponctué par les départs des uns et des autres, Cynthia étant la dernière sur la liste. Elle avait d’abord accompagné Bébé qui se rendait en Turquie, puis Faty qui s’envolait vers Singapour et Adjoua qui filait vers le Mexique. En revanche, elle avait été incapable de dire au revoir à Vincent sur le portique de l’aéroport. Elle passa juste la nuit avec lui. Il lui avait donné un tendre baiser et prit son avion, la laissant seule, effondrée sur son lit. 

Pourtant, ce fut le cœur léger que Cynthia quitta Paris pour Édimbourg. Elle avait fait le deuil de New York. C’était la première fois de sa vie qu’elle voyageait à l’étranger sans sa famille ou sans Vincent. Les semaines qui précédèrent son départ furent angoissantes. Cynthia n’avait jamais pris de risque. Elle n’était jamais sortie de sa zone de confort. Cet inconnu la terrifiait. Elle craignait la solitude, elle, qui avait toujours été entourée. Elle avait peur de ne pas trouver sa place dans cette nouvelle université. Deux ans plus tôt, elle avait ressenti ce malaise en intégrant Sciences Po et ne voulait pas revivre cette expérience. Autour d’un café, une étudiante en master l’avait rassurée sur sa future vie à Édimbourg. Cynthia rencontrerait d’autres âmes esseulées du monde entier avec qui elle se lierait d’amitié, avec qui elle voyagerait et avec qui elle découvrirait de multiples cultures. « N’aie pas d’inquiétude, ça sera l’une des meilleures années de ta vie », conclut-elle. C’est ainsi qu’elle quitta sereine ses parents et ses sœurs à l’aéroport, prête à embrasser sa nouvelle vie écossaise.

Ses premières heures en Écosse furent arrosées par une pluie torrentielle. Les ouvrages, forums et autres sources auprès desquels elle s’était enquise sur le pays n’avaient pas menti ; le temps y était catastrophique. Ses bottes de pluie qu’elle avait chopées à Paris n’eurent jamais autant vu le jour que lors de son année en Écosse. Elles ne l’avaient pas quittée d’une semelle. 

Cynthia s’était directement rendue en taxi dans sa résidence universitaire. Elle partageait son appartement avec trois colocataires : une Irlandaise, une Chinoise et une Colombienne avec qui elle conversait par email. Cynthia avait toujours eu des doutes sur sa capacité à vivre en colocation, mais s’était résignée pour avoir dès le début un minimum d’interaction sociale. Aux premiers échanges avec les filles, elle sut qu’elles s’entendraient à merveille. Elle fut la troisième à rejoindre la coloc. Chen Xi, la Chinoise originaire de Shanghaï fut la première à poser le pied sur le sol écossais, suivi de Yaritza qui était arrivée deux jours plus tôt de Carthage en Colombie. Ellen arriva en fin de semaine, venant de Dublin, son voyage avait été assez court. 

L’université avait organisé plusieurs événements d’intégration pour les nouveaux étudiants étrangers. La colocation s’était inscrite à la plupart d’entre eux. Elles avaient participé à bon nombre de soirées dans les pubs de la métropole, avaient sillonné les rues de la vieille ville, échangé avec le monde entier en seulement quelques semaines. La crainte de la solitude s’était évaporée en quelques jours. Cynthia jura même qu’elle n’avait jamais été aussi entourée que dans cette année-là. Il y avait toujours quelques squatteurs dans leur coloc : des étudiants qui partageaient le banc de l’université avec elles, les coups d’un soir des unes, les infortunés de la veille ou bien ceux qui s’étaient simplement égarés. La colocation ne dormait pas, riait à chaque instant et n’étudiait jamais. Le peu d’heures de cours leur donnait l’occasion de voir du pays. Le regard perdu dans les immenses plaines écossaises, Cynthia avait la sensation de vivre dans le décor d’un Jane Austen sans Vincent à ses côtés, quand elle contemplait les highlands. Elle se sentait infiniment petite dans toute cette grandeur et la vue des lochs et de cette nature vierge lui donnait les larmes aux yeux. Elle n’eût jamais été autant ému face à un paysage. Elle avait passé des heures à s’épandre sur tout ce que les lochs et autres avaient révélé comme émotions en elle. Ellen les avait également invitées à goûter le whiskey irlandais à Dublin. La grimace affichée sur la face de Cynthia lorsqu’elle engloutit son verre fut tellement légendaire qu’on l’immortalisa sur les réseaux sociaux. La jeune femme résumait son échange en découvertes, soirées, voyages et en litres d’alcool. Bien sûr selon l’interlocuteur elle évitait de s’étendre ou non sur ses soirées imbibées. 

Dans les heures creuses où elle se retrouvait dans l’intimité de sa chambre elle discutait à travers une webcam avec ses proches. Vincent ne daignait toujours pas donner un semblant de coupe à sa touffe brune. Ses joues, soumises au régime américain à base de fast-food, s’étaient remplies lui donnant un air jovial et un sourire joyeux. Il ressemblait à un nounours qu’elle rêvait de serrer dans ses bras. Malgré la distance, chacun vivait des expériences incroyables. Allongée dans son lit, elle ne pouvait s’empêcher de craindre le pire. Que ferait-elle s’il s’entichait d’une Américaine ou d’une autre fille ? Si les bidons d’alcool qu’il enfilait lui obstruaient l’esprit et qu’il se laissait aller à des désirs charnels interdits ? On lui répétait souvent que les hommes trompaient au moins une fois au cours de leur vie et si c’était à ce-moment précis qu’il la tromperait ? Malgré ses déclarations enflammées et ses bisous envoyés derrière l’écran, ces idées noires de trahison trottaient dans sa tête. Quelques migraines plus tard, elle conclut qu’il valait mieux ne rien savoir si le pire advenait. 

*

Cynthia tentait de fermer sa robe. Il semblerait que la bière ait décidé de lui faire payer en kilos ses multiples assauts. Elle décida donc de porter une autre robe, une fleurie avec un léger décolleté qui lui donnait une silhouette élancée. Il valait mieux donner l’illusion d’avoir gardé la ligne. Cette dernière glissa sur elle non sans peine. Elle se jura le lendemain de faire plus attention et de courir autour du campus avec Yaritza.

Ses trois colocs l’attendaient impatiemment dans le salon, toutes aussi sapées. Ce soir, elles allaient encourager Ellen qui se produisait dans un pub de la ville. À peine, eut-elle mis le pied dehors, Cynthia regretta amèrement de s’être privée d’une paire de collants. Après trois mois et demi passés en Écosse, elle pensait avoir développé une certaine résistance au froid. C’était sans connaître la brutalité du vent de décembre écossais. Elle serait en retard si elle retournait chez elle. Tant pis, elle marcherait vite pour échapper aux bourrasques glaciales.   

Le pub The simplistic était selon les dires de Yaritza une véritable merveille nichée entre la vieille ville d’Édimbourg et le quartier des universités. Sa porte rouge écarlate mythique avait laissé pénétrer en son sein des hordes d’étudiants d’étrangers assoiffés à la recherche de la bière la moins chère. Nombre d’artistes en herbe se produisaient sur la scène du The simplistic. Cynthia et ses colocs étaient venues soutenir l’une d’entre elles qui interpréterait des chansons qu’elle avait composées. Il était à peine dix-neuf heures, mais déjà les premiers effluves de boissons émanaient d’étudiants survoltés. Malgré les corps collants, les filles réussirent à se frayer un chemin jusqu’à une table proche de la scène où des connaissances les attendaient. 

Cynthia sirotait son eau pétillante et écoutait vaguement le jeune homme au style androgyne interpréter du Alanis Morissette. L’animateur de la soirée annonça un autre artiste. Cynthia n’avait pas distingué son nom, mais il semblait être assez connu dans le coin, à en déduire par l’ovation qui s’était élevée à l’entente de son nom. Un jeune homme noir s’avança alors. Il avait une coupe undercut et des mini locks ramenées en crête sur le sommet de son crâne. Il s’assit sur le tabouret de la scène et entonnait quelques notes avec sa guitare. Cynthia était troublée par ce mec. Elle avait l’étrange sensation de le connaître. Malgré tous ses affiquets : ses piercings à l’arcade sourcilière et au nez, ses mini locks, il lui semblait familier. Ce regard doux quand il chantait. La rondeur de ses notes lorsqu’il montait dans les aigus. Le puissant vibrato qui enveloppait avec tendresse ses belles paroles. C’est comme si elle l’avait toujours connu. Ce fut une évidence quand les spots éclairèrent son visage qui tout le long de la prestation baignait dans la pénombre. Le jeune homme après un tonnerre d’applaudissements quitta la scène. Cynthia le suivit aussitôt. 

— Bledji ! cria Cynthia pour couvrir les basses et l’agitation du pub. 

Le jeune homme se retourna et écarquilla les yeux. 

— Cynthia ?! C’est toi ? 

— Ouais ! 

Cynthia secouait vigoureusement la tête. 

— Le truc de ouf ! Tu fous quoi ici ? 

— Je suis là pour les études et toi ? 

— On ne s’entend pas ici, viens on va dehors. 

Cynthia prévint ses amies qu’elle sortait prendre l’air. Bledji se tenait sous le porche du bar et grillait une cigarette. Lorsqu’il aperçut, il la prit dans ses bras. 

— Putain Cynthia Sia, c’est un truc de ouf, ça fait quoi cinq ans qu’on ne s’est pas vus ? Voire plus. 

— Ouais, j’y crois pas de te voir ici ? Et tu chantes depuis quand ? 

— Ah longue histoire, j’ai toujours aimé la musique. 

— Ah ouais ? 

— Il y a plein de choses que tu ne sais pas sur moi Cyn. 

Si des années auparavant, on lui avait dit qu’elle ne savait rien de Bledji, elle aurait ri au nez de cette personne. Aujourd’hui, il semblait si différent de son premier amour de lycée. Elle avait posé pour la première fois ses lèvres sur les siennes. Elle avait connu ses premiers émois avec lui et son déménagement avait pour la première fois brisé son petit cœur d’adolescente. Des cinq courts mois qu’ils avaient passés ensemble à l’école, il n’avait jamais été question de musiques, de chansons ou encore de paroles. Elle apprit en une nuit ce qu’elle n’avait jamais su de lui en douze ans. Il ne vivait que pour la musique. Il se réveillait un morceau en tête et se couchait sur des notes qui le berçaient. Il jouait du piano, de la guitare, de la batterie et prenait des cours de violon avec un étudiant écossais. Il gardait constamment un petit carnet où il gribouillait des petites notes ou des paroles qui traversaient son esprit. Bledji s’était installé en Écosse pour suivre un master en musicologie dans une université d’Édimbourg. 

— C’est dingue qu’on se retrouve ici. Je n’aurais jamais pensé croiser quelqu’un que je connaisse et encore moins toi, dit Cynthia.  

— Donc t’es à Sciences Po ? 

— Et ouais ! 

— Ça ne m’étonne pas. T’as toujours été l’une des meilleures. J’ai toujours su que tu ferais de grandes choses et puis tu nous saoulais tellement avec la politique. 

— C’est clair, s’esclaffa Cynthia. Qu’est-ce que je vous ai pris la tête avec Linda ! Mais non je ne ferai pas de politique finalement.

— Ah ouais pourquoi ? 

— Je pense pas que ce soit fait pour moi finalement. 

— C’est dommage, je te voyais bien dedans moi. 

—  Ouais je sais. 

Cynthia eut un léger pincement au cœur. 

— Et t’écris beaucoup de chansons ? poursuivit-elle. 

— Ouais et j’en produis beaucoup également je squatte un studio avec un groupe de rock, je me pose de temps en temps là-bas. Tu veux passer à mon studio que je te fasse écouter quelques morceaux ? J’ai les clés. 

— Grave, j’ai jamais mis les pieds dans un studio. Attends quelques instants que je prévienne mes colocs et je te suis. 

Cynthia partit récupérer ses affaires dans le pub. Yaritza avait descendu sa bière et la regarda d’un air suspicieux quand elle leur annonça qu’elle partait avec Bledji. Elle fit de gros bisous et s’excusa auprès d’Ellen de ne pas assister à sa prestation. 

Le studio était dans une petite ruelle du centre-ville et Bledji n’avait pas menti, il ressemblait à un squat. Des bouteilles de bière et des paquets de chips jonchaient le sol. Des exhalaisons de shit flottaient dans l’air laissant un goût âcre en bouche. Bledji pulvérisa un désodorisant dans toute la pièce. Il était sacrément efficace puisque la seconde d’après Cynthia eut le sentiment de gambader dans un champ de lavande. Il envoya valser des pompes qui traînaient sur le chemin et fit quelques rangements express. 

— Ils laissent à chaque fois un bordel ces mecs. 

— T’inquiètes j’ai l’habitude, certaines colocs d’étudiants sont un vrai dépotoir. 

Après une inspection minutieuse, Cynthia se jeta dans le vieux canapé qui trônait au milieu de la pièce. Bledji s’attelait à la tâche sur le studio de travail. Elle n’avait aucune idée de ce qu’il manipulait, mais il le faisait avec tant de passion qu’elle en était obnubilée. Soudain la basse balança quelques notes et la tête de Bledji bougea en rythme. Cynthia suivit également le tempo. Une douce mélodie dans la pure tradition du rnb que la voix suave de Bledji agrémentait. Cynthia aurait pu se laisser bercer par la musique tant elle correspondait à tout ce qu’elle aimait. Elle écouta une dizaine de morceaux de Bledji, et hormis deux trois sons qui ne l’avaient pas convaincue, la conclusion était sans appel : elle adorait sa musique et son univers. 

— C’est vrai que ça te plait ? 

— C’est une tuerie Bledji sérieusement t’as vraiment du talent.

— Merci, ça me fait grave plaisir, tu peux pas savoir. 

— Dommage que je ne connaisse personne dans l’industrie sinon je t’aurais poussé. 

— C’est gentil, mais j’ai ma stratégie. Je fais ça pour le plaisir, mais j’aimerais bosser dans la musique et c’est pour ça que je suis ce master. 

— Ouais je comprends mieux et t’aimerais faire quoi ?  

— Je ne suis pas encore fixé, organiser des festivals, être un manager, j’hésite encore. 

— T’inquiète, tu vas gérer, tu fais vraiment le taffe. 

Bledji s’éloigna et revint avec une bouteille de coca et deux verres remplis de glaçons. Il versa deux verres de la boisson gazeuse en tendit un à Cynthia et garda l’autre dans sa main. Cynthia fit une petite place sur le canapé et Bledji s’assit à ses côtés. Il laissa tomber sa tête en arrière. 

— Pourquoi tu ne m’as jamais dit que t’étais à fond dans la musique ? 

— La honte.

— Honte de quoi ? Tu chantes trop bien mec. Si je chantais aussi bien que toi, je passerais ma vie à chanter. Je chanterais quand j’irai chercher une baguette, au supermarché, partout. 

Il rit. 

— Honte d’être autant mis à nu, d’être à découvert. J’ai fait mon coming out artistique quand j’ai quitté le quartier. 

— Pourquoi ? 

— J’avais peur d’être jugé, d’être moqué, d’être traité de canard. Enfin des conneries comme ça quoi. 

— Ouais c’est vrai qu’on pouvait être con plus jeunes, mais t’aurais été le Neyo du lycée. T’aurais chopé plein de filles avec une voix pareille. 

— Ou pas. Et puis je m’en fous j’ai réussi à avoir celle que je voulais. D’ailleurs c’est drôle, mais tu sais qu’à l’époque tu m’as inspiré mes premières chansons. 

— Non, tu mens ! Je te crois pas. 

Cynthia s’était relevée. 

— Si je te jure, j’étais fou de toi. J’en ai repris une d’elles que j’ai retravaillée. 

— Tu me l’as fait écouter ? 

— Oui c’était J’en ai rêvé

— Oh putain, elle est magnifique celle-là en plus. 

— Ba c’est tout ce que je ressentais pour toi au lycée. 

Il tourna la tête vers elle et la regarda tendrement. Elle baissa légèrement le menton, morte de honte. Cette rencontre éveillait en elle des sentiments pour Bledji qu’elle pensait enfoui. Elle s’efforçait de penser à Vincent à ses bouclettes au sourire niais qu’il arborait quand il tirait dessus. Elle s’accrochait à la moindre image qui l’éloignerait de cette flamme que la voix de Bledji avait ravivée. 

Il se rapprocha d’elle et posa sa paume sur la cuisse dénudée de Cynthia. Elle en était sûre, il l’embrasserait dans la seconde qui suit. Elle retira aussitôt sa main et se leva brusquement. 

— Écoute, j’ai quelqu’un et c’est très sérieux Bledji, j’peux pas lui faire ça. 

— Je… je comprends, désolé. 

Confus, le jeune homme s’enfonça de nouveau dans le sofa. 

— Je pense que je vais rentrer. 

— OK, tu veux que je te raccompagne. 

— Non ça ira, je vais rentrer seule. 

— Comme tu veux, mais ça ne me dérange pas. 

— Non non t’inquiètes pas. 

— On va se revoir quand même. 

— Ouais bien sûr, à plus !  

Cynthia déguerpit du studio en ayant la ferme intention de ne plus jamais y laisser traîner ses gambettes. Il était deux heures du matin et elle en aurait pour quarante-cinq minutes de marche pour rentrer chez elle. Elle était frigorifiée et apeurée par ce qui avait failli se passer entre Bledji et elle. 

Les premières minutes, elle imaginait glisser ses doigts dans les boucles de Vincent puis ses boucles se serrèrent, devenant les mini locks de Bledji. Elle en fut horrifiée. Des sentiments contradictoires valsaient dans son esprit. Un temps, elle était au bras de Vincent puis un autre à ceux de Bledji. Une soirée avait suffi à faire revivre ses désirs enfouis d’adolescentes. Une soirée pour faire valdinguer deux ans de couple. Elle brûlait d’envie de parler à Vincent. Il lui manquait terriblement. Était-ce la raison pour laquelle elle avait failli céder ? Pour combler un manque ? La culpabilité et ses questionnements l’avaient suivie jusque dans sa maison et jusque dans son lit. Ils l’avaient tiraillée dans son sommeil. 

Cynthia avait quelquefois pensé à Bledji, mais n’en reparla plus jamais. Sans mots posés sur cet incident, c’était comme s’il n’avait jamais existé. Elle avait juste raconté à Linda, l’air de rien, comment elle s’était retrouvée nez à nez avec son premier amour de jeunesse dans un pub écossais. Linda avait toujours gardé contact avec Bledji qui était un excellent ami de son frère, si elle avait omis de mentionner leur rencontre, lui s’en serait chargé et son silence paraîtrait suspect. 

Le seul contact que Cynthia ait accepté à ce jour était une demande d’ami sur les réseaux sociaux que Bledji lui avait adressée quelques jours après leurs retrouvailles. Elle l’avait acceptée, mais elle ignora son message. Elle se sentait bien trop fébrile pour tenter le diable. Elle tira un trait définitif sur la page Bledji, l’arracha comme si celle-ci n’avait jamais été écrite.

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