Annoncer au monde qu’on écrit

Vendredi soir dernier j’ai annoncé à mes potes de la salle que j’écrivais (oui je me suis fait des potes en salle de sport, la douleur ça rapproche). Les gens parlent de « coming out d’écrivain », mais j’ai préféré ne pas utiliser ce terme pour la simple et bonne raison que je le trouve inapproprié en raison de toutes les difficultés qu’il y a à déclarer son homosexualité à son entourage encore aujourd’hui. En utilisant ce terme, on met au même niveau ces deux expériences qui n’ont strictement rien à voir (bien sûr je sais pertinemment que l’utilisation de ce terme n’a aucune volonté de minimiser l’expérience des homosexuels, mais vous mieux que quiconque savez que les mots ont un poids, une histoire). En déclarant à votre entourage que vous « écrivez » vous ne risquez pas de vous faire, tuer, frapper, jeter de chez vous, etc. Vous ne risquez même pas d’être pourchassé et tailladé à coups de stylos plume. Au pire, on vous méprisera, ce qui n’est pas agréable je vous l’accorde, mais ce n’est pas comparable. 

Dans cet article, je vais juste vous parler de ma maigre expérience sur la question puisque j’ai dû moi aussi annoncer à mon entourage que j’écrivais. 

Finalement je me rends compte qu’à certains de mes proches je l’ai toujours dit avec une certaine facilité, peut-être parce que j’écrivais déjà énormément quand j’étais petite ou tout simplement parce qu’en soi je m’en foutais un petit peu du regard des gens. J’ai toujours assumé qui j’étais et mes pensées. Pour moi, l’écriture représentait un passe-temps au même titre que jouer au handball, faire de la danse ou lire. Donc pourquoi en aurais-je honte ? D’ailleurs aux yeux de la société l’écriture est une activité noble, respectable quasi intellectuelle et finalement ce n’est pas un domaine méprisé (enfin tout dépend de ce que vous écrivez, mais ça, on y reviendra plus tard). En revanche, quand l’envie de se professionnaliser se fait sentir, il est un peu plus difficile d’aborder ce sujet avec ses proches. Pourquoi ? Tout simplement parce que vous émettez le souhait d’en vivre, or le métier d’écrivain comme celui de tous les artistes de manière générale n’est pas un métier valorisé. Ils retrouvent grâce aux yeux de la société lorsque les artistes percent.  Avant, vous êtes juste l’archétype du créatif raté, si possible addict à l’alcool ou d’autres substances illicites, attendant son heure de gloire et que les gens se plaisent à moquer lors de réunions de famille et aux apéros entre potes. Personne n’a envie d’être un sujet de moquerie et c’est la raison pour laquelle il est plus compliqué d’annoncer à ses proches que l’on souhaite devenir écrivain. 

L’écriture peut également être une porte ouverte sur notre jardin secret, sur un univers parallèle que l’on se serait créé et dans lequel nous ne souhaitons pas que des personnes s’y introduisent pour la simple et bonne raison qu’ils pourraient s’en servir pour nous blesser, nous mépriser, nous humilier ou nous détruire. 

On n’a pas spécialement envie non plus d’avoir à se justifier ou à prouver que nous sommes dignes d’avoir la couronne d’écrivain. Je m’explique, il m’arrive très souvent comme beaucoup d’entre nous, je suppose, de faire des fautes d’orthographe, mais également de parler bizarrement, de faire des fautes de français et autres (surtout quand je ne suis pas super bien réveillée) et qu’est-ce que ça peut être archi énervant de s’entendre dire « et avec ça, ça veut écrire des livres » ou son cousin « et avec ça, ça se dit écrivain ». Ce genre de remarque est ce qui renforce le syndrome de l’imposteur. « Je fais des fautes d’orthographe donc je ne suis pas véritablement un écrivain » ; « je ne connais pas tel super livre d’écriture donc je ne suis pas réellement un écrivain » etc. 

Je vous parlais plus tôt de l’image d’intellectuel que renvoyait l’écrivain à la société. On va être honnête deux secondes, on ne parle pas de TOUS les écrivains. Si vous avez le malheur d’écrire de la chick lit, de la romance ou encore de la fantasy, il se peut qu’on ne vous prenne pas au sérieux. Ba oui comprenez bien, ce n’est pas de la véritable littérature, ce n’est pas assez élevé, voyons. Dans tout domaine artistique, il y a une hiérarchie crasse qui juge les différents genres qu’on le veuille ou non. Persévérez, ne lâchez rien, il y a des lecteurs qui accrochent et qu’importe ce qu’en pensent les pseudo-intellectuels. Rappelez-vous qu’à une époque le roman était méprisé et pourtant n’est-il pas, aujourd’hui, le premier genre littéraire à être lu ? Conclusion, écrivez ce que vous voulez. 

À qui annoncer que vous écrivez ?  

À vos proches, aux personnes bienveillantes, celles qui ne vous jugeront pas et qui seront un soutien. Avec le temps, vous arriverez à déceler quelles sont les personnes qui vous veulent du bien et celles qui vous enfoncent. Si vous estimez être sensible, vulnérable et particulièrement sensible, je vous recommanderais d’en parler parce que des paroles blessantes pourraient vous détourner de votre rêve. Dans ce cas-là, faites votre vie en silence et annoncez-leur quand vous vous sentirez assez fort pour affronter les critiques et les remarques négatives. 

Concernant le milieu professionnel, je n’ai pas spécialement d’avis, personnellement je n’en ai pas parlé à mes collègues actuels, mais bien à mes anciens collègues, car j’aime bien séparer le privé du pro, mais encore une fois c’est comme vous le sentez. 

Quand le dire ? 

Question bête, réponse bête. Quand vous vous sentez prêt. Toutefois, gardez en tête que certaines personnes pourraient être vexées de ne pas avoir été mises au courant de votre double vie tardivement. 

À quoi s’attendre quand on fait son annonce ? 

Ne vous attendez à aucune réaction positive. Ayez juste à cœur de le dire. Certaines personnes vous suivront, d’autres liront carrément ce que vous écrivez, d’autres pas parce que ça ne les intéresse pas et puis c’est tout et il n’y a aucun souci à cela. Certains de vos proches vous soutiendront en parlant de vous autour d’eux, en vous suivant sur les réseaux sociaux. Des personnes très proches de vous peuvent ne pas être un soutien quand de simples connaissances auront l’air d’être votre éditeur ou manager. Si vous ne vous attendez à rien, vous ne serez pas déçu.  

Faut-il faire lire ses livres ? 

Personnellement, lorsque j’ai publié Si J’avais su j’en ai parlé à tout mon entourage et je n’ai eu aucun souci à ce qu’ils lisent mes nouvelles, bien qu’elles soient particulièrement sombres (même mes parents !). En revanche, je peux comprendre qu’on n’ait pas spécialement envie de faire lire ses histoires à ses proches. Encore une fois c’est à vous d’en juger. Gardez en tête que très souvent vos connaissances vont tenter de faire un rapprochement entre vos histoires et vous, c’est la raison pour laquelle je vous déconseille de glisser dans vos livres des détails qui vous concernent vous ou votre entourage. Si c’est le cas, spécifiez-le à la personne en question pour qu’elle ne le découvre pas en lisant votre livre. 

Soyez fier de qui vous êtes dans son entièreté. Vous êtes une personne unique et sachez que vous ne plairez jamais à tout le monde et que vous ne ferez jamais, mais alors jamais l’unanimité et ce quel que soit ce que vous fassiez. Donc il vaut mieux que vous réalisiez vos propres rêves dans cette unique vie qui vous est offerte. Vous n’en aurez pas deux, vous n’en aurez pas sept comme les chats, vous n’en aurez qu’une seule. 

Et vous, tout le monde est au courant que vous écrivez ? 

Crédit photo : Franck McKenna, boy wearing American flag print eyeglasses sticking his mouth open sur Unsplash

4 réflexions sur “Annoncer au monde qu’on écrit

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s